Mon excellent ami créateur du site de ses lectures http://www.livres-et-lectures.net/ y fait une remarquable et très intelligente analyse de ces « Entretiens sur la musique » avec Jean-Yves Clément. Mais il ne fait aucune réserve. J’en fais une, de taille, sur le style.

Rien de mieux que de citer in extenso la dernière phrase du deuxième paragraphe de la première page : écrire « sur l’architecture de Bach qui quintessencie la musique parce qu’il parvient à exprimer son essence dionysiaque dans l’excellence apollinienne de la forme que chacun sait (?) ... ». Le livre fourmille de phrases dans le même genre, j’ai donc failli m’en tenir à cela, mais j’ai poursuivi après avoir lu à la fin du Prélude (page 3) qu’il fallait lire ces entretiens comme on le ferait en écoutant de la musique avec quelques bons amis, et en buvant une belle bouteille d’un grand et bon vieux vin ! Mais pourquoi certains philosophes s’acharnent-ils à écrire de façon compliquée, rendant leurs propos, éventuellement intéressants, absolument rébarbatifs à presque tout le monde ? Dans ses règlements de compte se trouvent ses confrères Luc Ferry et André Comte-Sponville : au moins celui-là écrit-il dans un français accessible à tous.

La culture encyclopédique de l’auteur (et sa logorrhée, ouvrant beaucoup de portes au fil de ses idées) donnent des aperçus sur de nombreux éléments liés - ou non - à la musique. Je n’en évoquerai que quelques-uns pour ne pas faire double emploi avec le site de lectures ci-dessus.

Pourquoi n’y a-t-il pas de grand compositeur féminin, comme il n’y a pas de grande philosophe ? Sans en tirer de conclusion, l’auteur constate, par la sociologie, que certaines activités ne sont pas des activités féminines : la corrida, la chasse, la guerre, le crime, mais il y ajoute une réflexion : la musique est une affaire de corps, de système nerveux, de système végétatif, etc. Les femmes, qui ont la capacité d’enfanter, n’ont pas forcément besoin des hochets qui amusent les hommes.

Freud serait une espèce d’escroc : « Freud a sciemment menti, inventé des cas, travesti des faits, détruit des traces, racheté des correspondances... ». Freud s’est construit une légende et à créé sa chapelle avec ses thuriféraires inconditionnels et tout autant manipulateurs.

Nietzsche, admiré sans réserve, compositeur contrarié, a subi des forces qui l’ont empêché de poursuivre dans cette voie et l'ont pour ainsi dire « castré ». Et ces forces s’appelaient sa mère, Hans von Bülow - chef d’orchestre et premier mari de Cosima Liszt - Richard Wagner et Johannes Brahms : le pauvre !

Il évoque l’hystérie de certains amateurs d’opéras, la critique musicale organisée par une clique, la création musicale, étouffée qu’elle a été pendant tout un temps si le compositeur n’était pas agréé par certaines autorités, chapeautées par le Ministère de la Culture, une des ces singularités françaises.

Il critique surtout l’absence de compétence, et donc la pauvreté de l’éducation musicale dans la structure de l’Éducation Nationale ; l’objectif y est d’accumuler des connaissances, du savoir, mais rien n’est fait pour éveiller les sens et les éduquer, alors qu’ils sont un élément clé pour apprécier la musique, et il reprend ceci à Zoltan Kodaly : « Jadis, je disais que l’éducation musicale devait commencer 9 mois avant la naissance de l’enfant ; maintenant, je dis qu’elle doit commencer avant la naissance de la mère ». Lui dit la même chose, mais en ses termes : « le processus mystérieux de la musique s’établit ... par le marquage d’une zone neuronale par une information hédoniquement coefficientée dans les heures généalogiques de la formation d’une identité personnelle ». Il fallait le dire...

Je rends à Michel Onfray ce qui est essentiellement à lui, la création de l’Université Populaire de Caen, une université libre, gratuite et originale, où il a créé, entre autres, un département d’éducation musicale.

Êditions Autrement - 187 pages