ruffin papi

Dans ses commentaires sur la littérature - et il n’en manque pas, de fort pertinents - l’auteur, ou plutôt le papi du livre, Valmont, déclare qu’il faut laisser les livres contemporains vieillir et disparaître tout seuls, ce qui évite de perdre son argent, et son  temps à les lire ; je n’ai pas suivi ce conseil, et je m’en félicite.

 

Déjà original pendant sa vie professionnelle dans l’entreprise ROCCA, Valmont se déchaîne une fois venue la retraite, libératrice du verbe et de l’action. Et il s’en donne à coeur joie pour vitupérer : 

  • la belle-famille que son fils s’est choisi par la vertu des formes de sa femme, et son art de s’en servir, parfois de manière inattendue pour ces catholiques intégristes et rigides ;
  • les intégrismes en général, ceux des religions du livre, dont certains représentants ne connaissent pas la tolérance ;
  • les copropriétaires de son immeuble, en majorité séfarades, dont certains pratiquent non seulement leur foi avec aveuglement, mais aussi d’autres exercices non reconnus par les écritures ;
  • les administrations en général, et le laisser-aller généralisé ;
  • les entreprises, bien sûr, et leur obsession du court terme au détriment de la vision de l’avenir ;
  • et la Finance, bien sûr…

Ce pourrait être un livre ennuyeux et sérieux, mais le talent de l’auteur le rend drôle et attachant au point qu’on le lit d’un trait. Grâce aussi à quelques personnages sympathiques : 

  • le papi en premier lieu, dont on sent que l’auteur a vécu quelques-unes des histoires qui façonnent son personnage ,
  • sa petite-fille Marianne, échappée rafraîchissante de la famille intégriste ;
  • et une pharmacienne, de 20 ans la cadette de Valmont : elle sera très présente tout au long de l’histoire.

D‘un style alerte, plein d’humour et de bons mots, l’auteur fait vivre tous ses personnages, ils se rencontrent, se haïssent ou s’adorent, ou les deux, aiment et trompent, se réconcilient pour 8 jours ou pour la vie.

Comme a écrit Bernard Pivot dans  Les mots de ma vie, « vieillir, c’est chiant ». Mais quand on se donne la chance de vieillir comme Valmont, alors, ce peut être réjouissant.

 

Éditions de la Rue - 206 pages