9782847206630

L’auteure née en Norvège a fait des études d’anthropologie. Dans cet ouvrage elle ne se livre pas à des travaux universitaires; il s’agit d’un récit de voyage qu’elle accomplit seule.

Elle visite cinq pays de l’Asie Centrale qui ont fait partie de l’URSS et qui sont indépendants depuis 1991, ce qu’elle appelle le Sovietistan.

Erika Fatland nous donne des informations très bien actualisées sur la géographie, l’économie et l’histoire des lieux visités, ce qu’on pourrait souhaiter trouver dans un guide touristique. Elle fait bien plus, en livrant ses impressions de néophyte avec beaucoup d’humour.

Elle s’est efforcée de rencontrer les populations et de connaître leurs conditions de vie, ce qui était loin de plaire aux guides locaux. L’environnement politique a gardé l’empreinte du système soviétique et il y a des interdits et des secrets qui demeurent. Elle en a tiré des anecdotes savoureuses qui rendent la lecture passionnante.

 

Le reportage commence au Turkménistan, pays aux immenses ressources gazières, enfermé dans une dictature ubuesque, du genre de la Corée du Nord. Les seules photos autorisées sont celles des monuments à la gloire du dictateur, construits souvent par l’entreprise Bouygues. Les remarques ironiques de ce livre font qu’il est sans aucun doute interdit dans le pays et que l’auteure n’aura plus jamais de visa.

Passant au Kazakhstan l’étreinte policière se desserre ; le dictateur est légèrement éclairé. Cet immense pays a une frontière commune ave la Russie à l’ouest de l’Oural, ce qui fait qu’il est partiellement européen, et avec la Chine, ce qui le situe en Asie. L’Empire russe puis la République soviétique l’ont utilisé comme bagne (Dostoïevski y a été déporté), ou comme lieu de relégation des peuples indésirables tels que les polonais. Ce fut là qu’eurent lieu les essais atomiques (plus de 450 explosions). Aujourd’hui le pays vend du pétrole, ne produit rien et achète tout à l’extérieur, principalement en Chine.

Le Tadjikistan est le pays le plus pauvre car il n’a rien à vendre. Pourtant il s’enorgueillit d’avoir le plus haut mat à drapeau du monde. Comment fut-il financé ? Une autre interrogation est de savoir pourquoi, alors qu’un tiers de la population souffre de malnutrition, on trouve autant de Mercedes et de BMW. Les Tadjiks sont des persans sunnites. Une ethnie minoritaire est celle des yaghnobies  officiellement musulmans (l’Islam est religion d’Etat), mais secrètement zoroastriens. L’histoire récente du Tadjikistan , voisin de l’Afghanistan de la Chine, est tragique ; il fut dévasté par une guerre civile à son indépendance.

Le Kirghizistan est le seul pays démocratique de la région. Par deux fois depuis 1991 le peuple a expulsé le président. La pauvreté est grande et la corruption généralisée. Les seules ressources viennent des salaires des kirghizs émigrés en Russie.

On revient en dictature en Ouzbékistan. Les atteintes aux droits de l’homme y sont très répandues. Un grand ami du dictateur est Gérard Depardieu. Le pays a subi de grands désastres écologiques : la disparition du fleuve Amour Daria, l’assèchement de la mer d’Aral, et la culture intensive du coton qui absorbe le peu de réserves d’eau qui subsistent. Les ressources ont toutefois progressé grâce au pétrole et au tourisme.

 

Gaïa Éditions (3 février 2016), 495 pages