Williams augustus

L’ouvrage fut publié en 1972 aux Etats-Unis. Son auteur qui était universitaire obtint pour ce livre le « National Book Award » en 1973.

Il s’agit d’une œuvre d’imagination inspirée largement de l’histoire d’Octave, fils adoptif de Jules César, qui devint empereur sous le nom d’Auguste. La forme est celle d’un roman épistolaire ; on est donc loin de la sécheresse d’un traité historique.

 

Deux sources opposées de critiques peuvent se rencontrer :

  • celles des spécialistes de l’histoire romaine qui n’admettront pas les entorses à la chronologie, bien que l’auteur les avoue

  • celles de personnes qui furent traumatisés par l’enseignement du latin.

Je dirai à ceux qui ont des réticences a priori : osez vous jeter à l’eau en lisant quelques pages. Vous serez, j’en suis sûr séduit par cette façon d’aborder l’histoire, car vous vous sentirez proches des personnages qui dans l’intimité n’utilisent pas la langue de bois. Par exemple Cicéron, dont le lycée nous vanta la grandiose éloquence (« Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? ») s’exprime ainsi, selon John Williams, dans une lettre à Brutus pour décrire Octave :

« C’est un gamin, qui plus est, un gamin plutôt bête : il ne connaît rien à la politique et ne risque pas de s’y connaître un jour. »

Le grand nombre de personnages, réputés auteurs des lettres ou destinataires du courrier peut gêner le lecteur, d’autant plus que leurs noms conformes aux usages latins sont un peu différents de ce que les historiens français ont retenus. Par exemple il faut reconnaître Virgile dans l’appellation « Publius Vergilius Maro » et Mécène dans le nom « Gaius Cilnius Maecenas ». Une annexe donnant ces équivalents aurait été utile dans l’édition française.

Il n’est pas besoin d’une grande érudition pour suivre le cours de l’ouvrage, car la trame est bien connue de tous. Marc Antoine (Marcus Antonius), amant de Cléopâtre, reine d’Egypte, fut une célébrité pour le cinéma américain, personnalisé par Marlon Brando, puis par Richard Burton en face d’Elisabeth Taylor. Hollywood dans ses peplums est inégalable pour illustrer l’histoire ; John Williams s’adresse à votre imagination pour savoir ce qui pouvait se dire dans la coulisse.

La nature humaine garde certaines caractéristiques inchangées. Le milieu des patriciens de l’empire romain a quelques analogies avec celui des oligarques d’aujourd’hui. On parle toujours de corruption des élites, d’ambition politique et de complots. Ainsi le lecteur trouvera peut-être une certaine actualité de l’ouvrage.

Piranha Redux 2019 378 pages