Santiago du Chili, aujourd’hui.

Gabriela, jeune étudiante en cinéma, solaire et engagée, se trouve confrontée à une série de morts violentes d’adolescents dans une banlieue déshéritée de Santiago du Chili. Déterminée, elle mène l’enquête, convoquant à sa rescousse Esteban, un jeune avocat brillant et complexe, défenseur des causes perdues, en rupture avec sa famille et son milieu de la grande bourgeoisie chilienne, s’identifiant plus volontiers à un poète torturé puis assassiné pendant le coup d’état de Pinochet.

En s’engageant avec toute leur énergie dans cette enquête, Gabriela et Esteban vont réactiver les antagonismes de la société chilienne, exprimés dans la violence extrême durant la chute du régime d’Allende, et mettre à jour les abjections, les compromissions et les actes d’héroïsme de cette époque dont les survivants vont de nouveau se trouver opposés pour une ultime confrontation.

Dans le Chili mythique, géographique, de l’ Atacama à la Terre de Feu, en passant par Valparaiso, politique et éthique évidemment, littéraire enfin, avec une écriture efficace, des personnages riches et une intrigue bien construite, Caryl Ferey nous tient en haleine. Des scènes d’une violence difficilement soutenable (en particulier envers les enfants) ne sont que suggérées ou décrites sans complaisance mais sans voyeurisme, et se trouvent adoucies pour le lecteur par des passages d’où émerge une vraie poésie et même une expérience chamanique qui pourrait paraitre déplacée et qui est parfaitement intégrée. Tout juste peut-on éventuellement regretter une vision un peu caricaturale de la société chilienne actuelle, avec les bons, les méchants et le justicier dans ce western sud-américain d’après la dictature, et quelques formules littéraires parfois convenues, vite oubliées.

Caryl Ferey, de son nom d’écrivain, a 47 ans et n’en est pas à son premier polar. Rockeur, grand voyageur engagé dans la défense et les combat des populations opprimés, il a déjà connu le succès mais il apparait déjà que Condor lui permet d’élargir fort justement un public qui avait déjà consacré deux de ses précédents polars,  Zulu et Haka, que seront tentés de découvrir rapidement ceux qui, comme moi – à l’occasion du jury d’ « Un Polar pour l’hiver » de la librairie l’Orange Bleue, où il fut nommé à l’unanimité - , ne le connaissent qu’avec ce récit.

C’est l’occasion de lire ou relire sur cette période noire, mon triptyque chilien : Neruda évidemment avec J’avoue que j’ai vécu qui se clôt juste avant sa mort et la répressions, mais aussi Antonio Skarmeta (Une ardente patience) dont est tiré Le Facteur au cinéma, et encore Maurizio Electorat avec le peu connu mais remarquable Sartre et la Citronetta, sans oublier Sepulveda et tant d’autres.