Ce n’est pas, comme le titre pourrait le laisser imaginer, un portrait de François Hollande et de la France de 2016, bien que le sous-titre indique « État et société dans la France moderne », mais ça y ressemble… 

J. Collins est un brillant professeur d’histoire à l’université Georgetown de Washington, D.C. et, en tant qu’historien, la France moderne, dont il est un éminent spécialiste, commence plus ou moins au XVIème siècle. 

 

Ce livre, ce sont les quatre conférences qu’il a données au Collège de France en 2013 ; autant dire que c’est un livre très détaillé, assez technique (il faut se replonger dans la mainmorte, les journaliers, les laboureurs, etc,), mais très intéressant et, finalement, assez facile à lire.

Son argument essentiel est le suivant : à l’exception de Louis XI, qu’il qualifie - comme beaucoup - de tyran, les rois qui se sont succédé ensuite, jusqu’à Louis XVI inclus, n’ont pas  détenu un pouvoir absolu, comme nous l’entendons aujourd’hui. S’il l’était, c’est au sens où il ne dépendait plus ni du pape, ni de l’empereur, les rois étaient libres de gouverner comme ils l’entendaient. Leur pouvoir, théoriquement sans limite, était cependant contenu par de nombreux facteurs : les coutumes, d’abord, les pouvoirs locaux ensuite, ceux des ducs (en Bourgogne, en Bretagne, en Provence, par exemple), ceux de plus petites contrées (le Cambrésis est cité), et ceux des villages, où les nobles locaux étaient la référence. Le seul domaine où les rois étaient tout-puissants étaient la guerre, dont certains ont usé et abusé : Louis XIV a laissé un pays exsangue et ruiné.

Pour montrer qu’il faut manier avec prudence le terme absolutisme - ce que ne font pas toujours les historiens français -, il cite l’exemple très contemporain de Barack Obama : la Constitution américaine donne au Président, depuis l’origine, le droit de condamner à mort, hors de toute procédure judiciaire, un citoyen américain ; droit qu’Obama a exercé au moins par deux fois contre des citoyens américains enrôlés par l’état islamique : peut-on dire pour autant qu’Obama possède un pouvoir absolu ?

La bibliographie citée, impressionnante, recense plus d’historiens anglo-saxons compétents en histoire de France que d’historiens français, auxquels est fait le reproche, justifié, de se focaliser presque exclusivement sur le pouvoir central, alors que la vraie vie, et les vrais pouvoirs, se trouvent disséminés dans toute la France. Et, de plus, les historiens français, dans les bibliographies qu’ils donnent dans leurs ouvrages, citent très peu les auteurs anglo-saxons, sauf s’ils sont traduits en français… Il est même une oeuvre américaine, très importante, sur le thème de ce livre, qui a été traduite en italien et en portugais, mais pas en français !

Un autre élément de discussion sur les remèdes à apporter au déclin de la France dans le monde ?

Odile Jacob   299 pages (dont 40 de notes) mars 2016