Juin 1940, un immeuble dans Berlin. Alors qu’une famille de nazis convaincus fête la défaite de la France, à l’étage au dessus, Otto et Anna Quangel, un vieux couple d’ouvriers, apprennent la mort de leur fils unique au combat. On croise encore dans cet immeuble une vieille commerçante juive isolée, un juge à la retraite et un petit trafiquant mouchard.

Les Quangel, après le choc, s’engagent dans une action de résistance au régime en diffusant des cartes alertant sur la nature du nazisme et d’Hitler. Le commissaire Escherich, brillant policier, mène l’enquête sous le contrôle inquisiteur d’un général SS.

 

D’autres intrigues secondaires vont survenir, dressant le tableau de la vie à Berlin durant ces années noires. Fresque magistrale, où tous les types humains face à l’oppression sont représentés : des braves gens et des crapules, des saints et des « salauds », des personnages, médiocres voire pitoyables et d’honnêtes gens aux prises avec leur conscience et les risques. Et, au-delà, des élus et des damnés comme dirait Primo Levi qui avait salué Seul dans Berlin d’ « un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ». Une résistance contre la peur et l’arbitraire, un engagement impérieux, du plus profond de soi-même, au-delà des conséquences.  

Paru en France en 1967 puis en Folio en 2004, Seul dans Berlin parait de nouveau, chez Denoël et en Folio dans sa version intégrale non expurgée (dans une excellente traduction de Laurence Courtois), la précédente ayant fait l’objet de coupures, pour valoriser la résistance du peuple allemand, dans la RDA nouvelle lors de sa parution en 1947. A partir d’une intrigue réelle issue des archives de la Gestapo, Hans Fallada rédigea l’œuvre de sa vie en moins d’un mois à l’été 1946, avant de mourir en février 1947. Celui qui était jusque là un écrivain populaire et célèbre des années précédant la montée du nazisme, auteur de romans à succès montrant le peuple des villes et des campagnes de manière réaliste sans analyse morale ou sociale, se hisse à la fin de la vie et de ses expériences (en particulier des prisons et de l’asile) au niveau des plus grands, de Dostoïevski à Camus (l’entretien entre Otto Quangel et le pasteur peu avant la guillotine est en tout point comparable à celui de Meursault et l’aumônier dans L’Etranger quelques années plus tard).    

Avec ce roman qui dénonce la barbarie et la cruauté du Troisième Reich, les bassesses de la nature humaine soumise à la peur et à la haine et met en valeur le courage de quelques uns qui, pour rester en accord avec leur conscience, sont prêts à donner leur vie, il atteint à l’universel et est particulièrement d’actualité en cette époque où les menaces extérieures mais aussi à l’intérieur de nous-mêmes (repli, peur, haine) peuvent nous menacer. Il est également d’actualité culturelle puisqu’une adaptation pour le cinéma sortira en 2016, mise en scène par Vincent Perez.   

Dans le même temps, Denoël publie Du bonheur d’être morphinomane, recueil de nouvelles inédites où, au-delà des deux premiers textes qui donnent le titre et rappellent l’alcoolisme et la toxicomanie de l’auteur à la vie complexe (après un séjour psychiatrique pour violence conjugale en 1944, il sera nommé bourgmestre par intérim par les Alliés de sa ville qui abrite le camp de Ravensbrück), on retrouve dans la verve d’une écriture enjouée et avec un grand plaisir de lecture, la vie des campagnes et des grands domaines, des petites villes et des gens simples, petits chenapans, modestes ouvriers et bourgeoisie locale. Hans Fallada, un auteur à découvrir ou à relire !