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En sous-titre : Histoire d’une libération

Elle se fait peu à peu, mais à quel prix ? Des centaines de milliers de morts, depuis le Proche-Orient jusqu’au Maroc, sans compter les débordements en Europe, en Amérique et en Asie ! En comparaison, la révolution française a été une promenade de santé…

 

L’auteur est professeur à Sciences Po Paris ; avec Gilles Kepel, il fait partie des quelques personnes ayant, en France, un regard compétent, lucide et sans complaisance sur l’histoire de cette zone et sur les évènements qui s’y passent maintenant. Son livre débute par le rappel des grandes figures françaises qui ont eu des liens privilégiés et parfois cruels avec le monde arabo-musulmam : Charlemagne, Saint Louis et les croisades (très meurtrières), François 1er et Soliman le Magnifique, et enfin Napoléon et l’Égypte où, venu pour libérer le pays de la présence ottomane, il finira par s’aliéner la population et rembarquera piteusement, non sans avoir massacré Égyptiens et Palestiniens.

Le trait marquant de la période couverte, début du 19ème siècle à aujourd’hui, ce sont les massacres, mais il y en eut probablement beaucoup antérieurement. Mais c’est aussi à partir du début de cette période que les Arabes, vont tenter de s’extirper de la domination ottomane et de maintenir l’expansion occidentale : c’est la NAHDA, la Renaissance.

Cet massacres, cela commence - ou continue - dès 1818 : l’empire ottoman n’accepte pas les tentatives d’évolution et écrase les wahhabites en Égypte. Et cela continuera par la sanglante conquête de l’Algérie entre 1830 et 1847, et l’écrasement en 1871 d’une révolte. On continuera en de nombreux lieux et à toutes les époques, un des derniers épisodes étant l’invasion de l’Irak par les États-Unis et ses funestes conséquences.

À l’encontre des objectifs de la Nahda, le monde occidental a accentué sa présence dans toute la région : la France, avec l’Algérie, mais aussi les protectorats en Tunisie et au Maroc, et sa tutelle au Liban ; l’Angleterre, en Égypte et sur tout le pourtour de la péninsule arabique ; l’Italie en Libye. Que d’erreurs commises par les puissances occidentales, la dernière en date de la France étant la fermeture de l’Ambassade à Damas, une des premières décisions de François Hollande : comme Pierre Grosser le rappelait récemment, la diplomatie consiste souvent à « traiter avec le diable ».

Les dictatures, et elles sont nombreuses dans la région, refusent de reconnaître le peuple comme source de souveraineté et font obstacle, par tous les moyens, y compris barbares, au processus de renaissance ; elles alimentent les monstres djihadistes et tentent, par cela de nous empêcher de voir et de comprendre les drames au sud de la Méditerranée. Elles y arrivent assez bien : combien d’entre nous ne mettent pas tous les musulmans dans le même sac d’horreur ?

D’après l’auteur, il est un signe d’espoir : les dictatures peinent à trouver leur second souffle. 

C’est un livre important, facile à lire, à faire connaître.

Voir aussi sur internet son interview

Et relire les oeuvres de Jacques Benoist-Méchin ; elles couvrent toute cette période, avec son talent de journaliste-historien, ses excellentes biographies et sa description de certaines séquences.

La Découverte - 262 pages janvier 2016