Dans le vacarme et le tsunami de la rentrée littéraire, certains livres étonnants, émouvants, stimulants, originaux, pour tout dire différents peuvent être négligés. C’est pour cela qu’il faut le clamer haut et fort : il faut lire Les Transparents !

 

Luanda, capitale de l'Angola. Un immeuble aux vertus mystérieuses, où coule une source magique et dont les murs délivrent une énergie vitale. Ses habitants partagent leurs existences, de petites aventures, des projets, des espoirs et des drames, de la vie, en somme. On croise aussi dans cet étrange immeuble des politiciens véreux et des affairistes avides qui se mêlent à toutes les figures de la société urbaine africaine, dans une fantastique et picaresque fresque sociale et culturelle. Certains bouffent la vie avec acharnement et truculence, d’autres se laissent aller au désespoir d’une vie sans lendemain, dans un pays qui est passé, après la violence de la guerre, de la marche lente de la forêt à l’industrialisation forcenée et à l’exploitation et l’humiliation des plus faibles. Les Transparents, c’est ce peuple («  peuple, c’est un mot …plein de gens » dit l’un d’entre eux)  qu’on ne voit pas, ignoré par les puissants et les hommes de pouvoir ; transparent c’est aussi ce que devient, littéralement, l’un des personnages principaux, dans son refus de vivre. On y rencontre aussi une blatte albinos qui vous sauvera la vie si vous l’avez préservée, une éclipse de soleil à venir, une église évangélique originale …

De la pure poésie (renforcée par une présentation stylistique originale), du réalisme magique, une profonde originalité, de l'humour, de l'ironie caustique, de la tendresse, de la chaude sensualité, de la tragédie jusqu'à l'embrasement final dans un style simple et limpide, universel.

Et que le lecteur classique ne se bloque pas sur une ponctuation inhabituelle (absence de majuscule, des points simplement à la fin du paragraphe) et des sauts de à la ligne qui participent à une véritable lecture poétique en prose et à une certaine oralité du texte, à la manière d’un griot. Un texte original, qui ne ressemble à rien de connu mais qu’on pourrait situer aux confins des univers de Boris Vian, Jacques Prévert et Gabriel Garcia Marquez.

 Né en 1977, l’auteur, de son vrai nom Ndalu de Almeida, est un écrivain déjà prolixe et reconnu. Il s’est illustré dans la littérature pour enfant, la poésie, des contes et du théâtre. Avec Les Transparents, il a reçu en 2013 le Prix José Saramago qui récompense tous les 2 ans un écrivain lusophone. Il est considéré comme l’un des plus brillants et prometteurs parmi les jeunes écrivains africains.  

Michel Antoni

Métaillé, 2015